L’Olympique de Marseille s’apprête à entrer dans une nouvelle ère. Frank McCourt a choisi Stéphane Richard, ex-PDG d’Orange (2011-2022), pour présider le club phocéen. Officiellement nommé le 10 avril 2026, il prendra ses fonctions le 2 juillet. Un profil 100% business, à mille lieues du parcours sportif de Pablo Longoria.
- Nommé le 10 avril 2026, Stéphane Richard prendra ses fonctions de président le 2 juillet 2026.
- Diplômé d’HEC et de l’ENA, ancien PDG d’Orange pendant 11 ans (mars 2011 – janvier 2022).
- Lien avec Marseille : premier prix de piano du conservatoire et membre du conseil de surveillance du Grand Port depuis 2022.
- Profil 100% gestionnaire et business, en rupture avec l’expertise sportive de Pablo Longoria.
- Un passé judiciaire avec l’affaire Tapie qui pourrait revenir dans le débat.
Un parcours forgé entre Bercy et Orange
Né en 1961 à Caudéran (Gironde), Stéphane Richard incarne ce que la presse économique appelle volontiers le « pur produit de l’excellence à la française ». Diplômé d’HEC en 1983 puis ancien élève de l’ENA (promotion Fernand Braudel, classé cinquième de sa promotion), il intègre l’inspection générale des Finances avant d’enchaîner les passerelles entre public et privé.
Ses débuts dans le privé se font à la Compagnie générale des eaux, où il est embauché en 1992 par Jean-Marie Messier. Il y dirige le pôle immobilier, fonde la Compagnie générale d’immobilier et de services qui deviendra Nexity, puis devient numéro quatre de Veolia Environnement entre 2003 et 2007. Son passage chez Veolia lui rapportera, via une opération de LBO sur ses parts dans Nexity, une plus-value massive (un investissement initial de 600 000 euros transformé en vingt millions, selon Le Point).
De 2007 à 2009, il est directeur de cabinet de Jean-Louis Borloo puis de Christine Lagarde au ministère de l’Économie. Il rejoint ensuite France Télécom en septembre 2009, prend la direction des opérations France en pleine crise des suicides chez l’opérateur, devient directeur général en mars 2010, puis président-directeur général le 1er mars 2011. Reconduit en 2018 pour quatre ans, il dirigera Orange pendant près de onze années.
À la tête de l’opérateur historique, il a notamment géré les enjeux des droits TV (Orange a longtemps été un acteur clé de la diffusion sportive en France), supervisé les grandes négociations avec les ligues professionnelles et présidé la GSMA, alliance mondiale des opérateurs mobiles. Une expérience décisive dans un football français où la question des droits TV reste structurelle.
Marseille, une ville qu’il connaît de longue date
Stéphane Richard ne débarque pas en terrain inconnu. Il a obtenu son premier prix de piano au conservatoire à rayonnement régional de Marseille. Il a également été élu conseiller municipal de Bandol entre 1989 et 1995, sur une liste de centre gauche, ce qui lui a permis de maintenir un lien régional durable.
Plus récemment, il a été nommé membre du conseil de surveillance du Grand Port maritime de Marseille par arrêté ministériel en novembre 2022, juste après son départ d’Orange. Un mandat institutionnel qui le maintient dans l’écosystème économique marseillais et le rapproche naturellement des grands acteurs de la place, à commencer par CMA CGM.
Enfin, c’est sous sa direction d’Orange que l’opérateur a signé en 2016 le contrat de naming du stade, qui est devenu l’Orange Vélodrome. Un accord qui le familiarise avec l’univers OM, ses dimensions économiques et ses enjeux marketing.
Le réseau Saadé, un atout business majeur
Stéphane Richard est par ailleurs réputé proche de Rodolphe Saadé, patron du groupe CMA CGM. Le géant marseillais du transport maritime est partenaire principal de l’OM depuis 2023 (sponsor principal de l’OM) et figure aujourd’hui parmi les piliers économiques du club. La proximité entre les deux hommes pourrait peser dans la durée des partenariats stratégiques et l’attraction de nouveaux investisseurs.
Dans le même esprit business, Richard a multiplié depuis son départ d’Orange les mandats de gouvernance institutionnelle. Il a rejoint en 2023 la branche française de la banque d’investissement américaine Perella Weinberg, et a pris en octobre 2024 la présidence du conseil d’administration du théâtre national de l’Opéra-Comique. Un profil de président institutionnel, plus que d’opérationnel, qui correspond exactement à ce que cherchait Frank McCourt pour le club.
L’affaire Tapie, un passé qui pourrait faire débat
Le passé judiciaire de Stéphane Richard reste indissociable de l’affaire Tapie, du nom de l’arbitrage controversé rendu en 2008 et favorable à Bernard Tapie (403 millions d’euros versés dans son litige avec le Crédit lyonnais sur la vente d’Adidas). À l’époque, Stéphane Richard était directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et son rôle dans la décision de recourir à l’arbitrage privé a fait l’objet d’une longue procédure.
Mis en examen pour escroquerie en bande organisée en juin 2013, puis pour complicité de détournement de fonds publics en 2015, il est d’abord relaxé en première instance le 9 juillet 2019. La cour d’appel l’a ensuite condamné le 24 novembre 2021 à un an de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour complicité de détournement de fonds publics. C’est cette condamnation qui a précipité son départ d’Orange en janvier 2022.
L’affaire n’est cependant pas close. En juin 2023, la Cour de cassation a ordonné un nouveau procès, l’avocat général ayant estimé que Stéphane Richard et Jean-François Rocchi « ignoraient le caractère frauduleux de l’arbitrage ». Le dossier a depuis évolué vers une requalification en simple négligence en 2025 (selon les éléments rapportés autour de sa nomination à l’OM).
Le lien indirect avec l’OM ne passera pas inaperçu : Bernard Tapie reste le président qui a porté le club à son apogée, avec la victoire en Ligue des champions 1993. Mais cet héritage est aussi celui de l’affaire VA-OM et des sanctions qui ont suivi. Pour les supporters marseillais, le nom de Tapie reste sensible. Et l’arrivée d’un homme dont le parcours a été partiellement entaché par cette même affaire suscitera nécessairement des commentaires.
Pourquoi McCourt a choisi un profil business
Le choix de Stéphane Richard envoie un signal clair sur les priorités du projet McCourt. Après une décennie marquée par des entraîneurs qui se succèdent et un effectif qui change « d’un tiers ou de la moitié chaque année » (selon les propres mots du nouveau président sur RTL), le propriétaire américain veut désormais de la stabilité, de la structure et une vraie maîtrise économique.
Stéphane Richard coche toutes les cases d’un président de gouvernance : expérience à la tête d’un grand groupe coté, maîtrise des dossiers réglementaires, expertise des droits TV et des partenariats, réseau corporate national et international. Sa mission, selon le post Insta de la communication CM Football, est de « remettre de la stabilité dans un club en plein flou, notamment sur le plan financier ».
Un virage par rapport à Pablo Longoria
L’arrivée de Stéphane Richard marque une rupture nette avec la philosophie qui a prévalu sous Pablo Longoria. L’Espagnol, recruteur de formation, doit son ascension à sa connaissance fine du marché des transferts, à son réseau d’agents et à sa capacité à dénicher des joueurs sous-cotés. Sa présidence (depuis février 2021) a coïncidé avec une succession d’entraîneurs et un mercato souvent jugé hyperactif.
Avec Stéphane Richard, l’OM bascule dans une autre logique : un président qui ne décide pas des transferts, ne discute pas avec les agents, ne pèse pas dans le choix d’un entraîneur. Sa fonction sera celle d’un président de conseil d’administration, garant de la viabilité et de la gouvernance, là où Longoria conservera (selon les premiers éléments) son rôle opérationnel sur la partie sportive.
Le pari est risqué. Aucun club français de premier plan n’a réussi à pérenniser un projet sportif sans cohérence forte entre la direction sportive et la présidence. Mais c’est précisément cette stabilité que McCourt cherche aujourd’hui à installer, avant de viser un retour durable parmi les vingt premiers clubs européens.
FAQ – Questions fréquentes sur Stéphane Richard
Quand Stéphane Richard prend-il ses fonctions à l’OM ?
Sa nomination a été officialisée le 10 avril 2026 et il prendra ses fonctions le 2 juillet 2026. Il a indiqué sur RTL que sa mission débutait néanmoins dès à présent.
Quel est son lien avec Marseille ?
Il a obtenu son premier prix de piano au conservatoire de Marseille, a été élu municipal à Bandol entre 1989 et 1995, et siège au conseil de surveillance du Grand Port maritime de Marseille depuis novembre 2022. Sous sa direction d’Orange, le naming Orange Vélodrome a été signé en 2016.
Pourquoi Frank McCourt l’a-t-il choisi ?
Pour son profil de gestionnaire, son expérience à la tête d’un grand groupe coté (Orange, 11 ans), sa maîtrise des droits TV et son réseau corporate. McCourt veut installer de la stabilité économique et institutionnelle après une décennie marquée par l’instabilité sportive.
Quel est son passé judiciaire ?
Il a été condamné en appel le 24 novembre 2021 à un an de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour complicité de détournement de fonds publics dans l’affaire Tapie. La Cour de cassation a ordonné un nouveau procès en juin 2023, et l’affaire a évolué vers une requalification en négligence en 2025.
Quelle est la différence avec Pablo Longoria ?
Pablo Longoria était à l’OM dans un rôle opérationnel sportif (recrutement, transferts, choix d’entraîneur). Stéphane Richard prend une fonction présidentielle institutionnelle (gouvernance, business, partenariats). Le club passe d’une logique sportive intégrée à une organisation à deux têtes, en attendant la nomination d’un futur directeur sportif.