Stade Vélodrome : histoire, capacité et secrets du temple de l’OM

Le stade Vélodrome est bien plus qu’une enceinte sportive. Inauguré en 1937, rebaptisé Orange Vélodrome depuis 2016, ce monument marseillais est le deuxième plus grand stade de France avec 67 394 places. Pour les Marseillais, aller au stade ne se dit pas « aller au stade », ça se dit « aller à l’OM ». Voici tout ce qu’il faut savoir sur ce lieu mythique.

L’essentiel

  • Inauguré le 13 juin 1937, le Vélodrome est la maison de l’OM depuis ses origines
  • 67 394 places couvertes depuis la dernière rénovation de 2014, pour l’Euro 2016
  • Deuxième stade de France en capacité, classé catégorie 4 UEFA
  • Quatre rénovations majeures : 1971, 1983, 1998 et 2014
  • Un symbole identitaire : pour l’ethnologue Christian Bromberger, le Vélodrome est « le ciment symbolique » d’une ville profondément divisée

La naissance du Vélodrome : une histoire qui commence en 1935

En 1928, la ville de Marseille souhaite se doter d’un grand stade municipal. Le projet piétine, jusqu’à ce que la perspective d’accueillir la Coupe du monde de football 1938 en France relance l’idée d’une enceinte digne de ce nom.

C’est l’architecte parisien Henri Ploquin (déjà à l’œuvre sur le stade municipal de Vichy) qui propose la construction d’un stade olympique avec piste cycliste et palais des sports. Pour des raisons budgétaires, seul le stade est finalement réalisé.

Le 28 avril 1935, le maire de Marseille Georges Ribot pose la première pierre sur les ruines des anciennes usines automobiles Turcat-Méry, dans le quartier de Saint-Giniez, au cœur du 8e arrondissement. Le chantier dure vingt-six mois : 25 000 m³ de terre déplacés, 240 pieux de 10 mètres pour les fondations.

Le 13 juin 1937, Léo Lagrange, alors sous-secrétaire d’État aux sports, inaugure l’enceinte devant près de 30 000 spectateurs. La journée commence par un meeting d’athlétisme et une course cycliste. En guise de conclusion : un match amical entre l’Olympique de Marseille et le Torino Football Club. L’OM s’impose 2-1. Émile Zermani entre dans l’histoire en inscrivant le tout premier but dans la nouvelle enceinte.

Le premier match officiel suit le 29 août 1937, lors de la 2e journée du Championnat de France : l’OM reçoit l’AS Cannes. L’adoption du stade par les Marseillais n’est pas immédiate : pour beaucoup, le « vrai » stade de l’OM reste le stade de l’Huveaune, propriété du club. Le Vélodrome, lui, est vu comme « le stade de la mairie ».

Le nom « Vélodrome » vient directement de la piste cycliste qui, à l’origine, faisait le tour de la pelouse.

Un stade omnisports dans ses premières décennies

À ses débuts, le Vélodrome n’est pas exclusivement réservé au football. Il accueille notamment des courses cyclistes dès le jour de l’inauguration, des rencontres de rugby à XIII (dont des matchs de l’équipe de France et du Marseille XIII fondé par Paul Ricard en 1946), des matchs du XV de France, des meetings d’athlétisme avec Michel Jazy ou Roger Bambuck, et une demi-finale de la Coupe du monde 1938 (Italie de Giuseppe Meazza contre le Brésil de Domingos da Guia). Des combats de boxe avec Marcel Cerdan y ont également été organisés.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les armées française, allemande puis américaine réquisitionnent successivement le site et l’endommagent. Les compétitions continuent malgré tout.

Les quatre grandes rénovations du Vélodrome

1971 : première extension

Les premiers pylônes d’éclairage remplacent les vieux projecteurs. La piste d’athlétisme est supprimée, la piste cycliste réduite. La capacité passe à 55 000 places (en comptant les places debout).

1983 : l’Euro 1984 redessine le stade

Pour le Championnat d’Europe de football 1984, le Vélodrome entre en travaux. L’OM retourne à l’Huveaune le temps du chantier. La pelouse est entièrement remplacée. La demi-finale France – Portugal établit alors un record d’affluence en match international avec 54 848 spectateurs. Après les travaux, la capacité est réduite à 42 000 places suite à la construction de nouvelles loges.

C’est à cette période que Bernard Tapie, arrivé à la présidence de l’OM en 1985, décide de supprimer la piste cycliste (devenue inutilisée) et de réaménager les deux virages, portant la capacité à 48 000 places. Le nom « Vélodrome » est conservé.

1998 : la Coupe du monde, sans toit

Pour la Coupe du monde 1998, un appel d’offres est lancé dès 1995. Le groupement Chagnaud, Travaux du Midi et Buffi l’emporte. Coût : 391,9 millions de francs, répartis entre l’État et les collectivités. La structure est totalement revue : 20 000 m³ de béton coulés, 32 km de gradins, 400 volées d’escaliers, 650 tonnes de charpente. La capacité atteint 60 000 places.

Décision contestée : le toit n’est pas rétabli. Le stade reste ouvert. Le journaliste Mourad Aerts résume la situation : « Le stade était ouvert au vent et à la pluie. Le mistral rendait les gens fadas. On a vraiment souffert. » L’entraîneur Rolland Courbis, lui, surnomme le Vélodrome « l’Enrhumeur ».

Le stade accueille sept rencontres de la Coupe du monde 1998, dont le tirage au sort. En 2004, il établit un record d’affluence pour un match de football avec 58 897 spectateurs lors de la demi-finale de Coupe de l’UEFA entre l’OM et Newcastle (victoire 2-0, le 6 mai 2004).

2014 : la renaissance, le grand toit arrive enfin

La candidature de la France à l’Euro 2016 donne enfin l’occasion de rénover en profondeur. Le projet est confié à Bouygues Construction via sa filiale Arema, pour un coût annoncé de 267 millions d’euros (réévalué à 551 millions d’euros par la Cour des comptes, à verser jusqu’en 2045).

La restructuration architecturale est confiée à l’agence SCAU. L’élément central : le toit. La couverture représente 5 500 tonnes de structure métallique, soit l’équivalent de 80 % de la tour Eiffel.

Les travaux s’échelonnent de 2011 à l’été 2014. La capacité descend à 42 000 places jusqu’en août 2013, avant la livraison finale. Le 16 octobre 2014, le stade est officiellement inauguré dans sa version rénovée avec 67 394 places entièrement couvertes.

Le premier match de l’OM dans la nouvelle enceinte se solde par une défaite contre Montpellier (0-2). Mais l’essentiel est ailleurs : le Vélodrome entre dans une nouvelle ère. Mourad Aerts le confirme : « Aujourd’hui, la configuration est différente avec un écho très important. Grosse ambiance et grosse pression sur l’adversaire. »

Le 3 juin 2016, un contrat de naming est signé entre Arema et Orange pour 10 ans. Le stade prend le nom d’Orange Vélodrome. En décembre 2018, l’Olympique de Marseille devient gestionnaire unique de l’enceinte, qui reste propriété de la Ville de Marseille.

Les quatre tribunes et leurs noms

Chaque tribune du Vélodrome porte le nom d’une figure de l’histoire marseillaise.

Tribune Gustave Ganay (la plus grande, avec 22 398 sièges) : elle culmine à 43 mètres après la rénovation, la toiture atteignant 61 mètres. Elle accueille 1 882 places VIP. Gustave Ganay était un coureur cycliste marseillais, champion de France de demi-fond. Sa statue trône sur le parvis du stade.

Tribune Jean Bouin (la tribune principale) : seule tribune couverte de 1998 à 2013, elle abrite la tribune présidentielle, les loges, la tribune de presse, les bureaux de l’administration, le musée-boutique de l’OM et les vestiaires. Environ 16 000 places. Jean Bouin était un coureur de fond marseillais, médaillé d’argent du 5 000 m aux JO de 1912, mort au front lors de la Première Guerre mondiale. Sa statue est également présente sur le parvis.

Virage Nord Patrice de Peretti, aussi appelé « virage Depé » : environ 13 800 places. Ce secteur rend hommage à un supporter emblématique, fondateur du groupe MTP (Marseille Trop Puissant), décédé à l’âge de 28 ans. Il portait auparavant le nom de Ray-Grassi, boxeur marseillais.

Virage Sud Chevalier Roze : environ 13 800 places. Le Chevalier Roze est ce noble qui s’illustra lors de la Grande Peste de Marseille de 1720 en organisant l’évacuation des cadavres, le ravitaillement de la ville et la construction d’un hôpital.

Les supporters : une géographie des tribunes

La répartition des supporters dans les tribunes suit une logique à la fois sociale et générationnelle, comme l’explique le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus : « Quand vous êtes jeunes et que vous avez moins de moyens, vous allez dans les virages et quand vous êtes un peu plus installés dans la société, vous passez à la tribune Ganay et Jean-Bouin. »

En pratique : en haut du virage sud, les South Winners, reconnaissables à leurs bandes jaunes et rouges aux couleurs de la Provence. En bas du virage sud, le Commando Ultra 84, tout en bleu et blanc aux couleurs de Marseille. Au virage nord, les Fanatics, les Dodgers et d’autres groupes de supporters.

Pour le journaliste Mourad Aerts, le virage est l’épicentre de l’expérience Vélodrome : « C’est là où on vit réellement ce qu’est l’OM : les chants, les odeurs… Si on veut vivre l’expérience du Vélodrome, il faut aller en virage. »

Les tifos (animations visuelles aux origines italiennes) sont devenus une signature du Vélodrome. Ils servent à la fois à célébrer le club et à porter des messages, parfois politiques : après l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne à Marseille, les supporters ont témoigné leur solidarité avec les familles touchées depuis les tribunes.

Le Vélodrome, ciment identitaire de Marseille

Comme le note l’ethnologue Christian Bromberger, toutes les tentatives pour externaliser le stade hors de la ville ont échoué. Le Vélodrome est ancré dans l’identité marseillaise au point d’être indissociable de la ville elle-même.

Thierry Agnello, ancien journaliste sportif et coordinateur à la direction marketing de l’OM, le résume parfaitement : « Les Marseillais ne disent pas qu’ils vont au stade mais qu’ils vont à l’OM. »

Pour Christian Bromberger, le Vélodrome accomplit quelque chose de rare : « Ce lieu évoque le ciment symbolique de cette ville, qui est tellement divisée entre des gens riches et des gens pauvres, entre des gens qui votent à l’extrême droite et d’autres qui votent à l’extrême gauche. Là, dans le stade, il y a un trait d’union qui n’existe pas dans le quotidien. »

Médéric Gasquet-Cyrus conclut : « On vient chercher de l’émotion et l’idée qu’on peut faire des choses ensemble. On chante : Qui ne saute pas n’est pas Marseillais. »

Chiffres clés du stade Vélodrome

DonnéeValeur
Année d’inauguration1937
Capacité actuelle67 394 places
Rang en France2e stade
PropriétaireVille de Marseille
GestionnaireOlympique de Marseille (depuis 2018)
NamingOrange Vélodrome (depuis 2016)
Classement UEFACatégorie 4
Coût rénovation 2014551 M€ (Cour des comptes)
Record affluence football66 199 (OM – AS Saint-Etienne, 15 février 2025)
Surface de jeu105 m × 68 m

FAQ sur le stade Vélodrome

Pourquoi s’appelle-t-il « Vélodrome » ?

À l’origine, une piste cycliste faisait le tour de la pelouse. Elle a été supprimée sous Bernard Tapie en 1985, mais le nom est resté.

Quelle est la capacité du stade Vélodrome ?

67 394 places, toutes couvertes depuis la rénovation de 2014.

Qui est propriétaire du stade Vélodrome ?

La Ville de Marseille en reste propriétaire. L’Olympique de Marseille en est le gestionnaire depuis décembre 2018.

Pourquoi dit-on Orange Vélodrome ?

Depuis juin 2016, un contrat de naming lie le stade à l’opérateur Orange pour une durée de 10 ans. Le nom officiel est donc Orange Vélodrome, même si l’appellation historique « Vélodrome » reste la plus utilisée.

Quand a été inauguré le Vélodrome ?

Le 13 juin 1937, par Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux sports. Le premier match : OM 2-1 Torino FC (match amical). Le premier buteur : Émile Zermani.

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